Depuis 2019, les candidats à la conduite accompagnée, c’est-à-dire via l’apprentissage anticipé de la conduite, peuvent décrocher leur permis de conduire dès 17 ans. Sur le papier, la mesure semblait idéale pour accélérer l’accès à l’autonomie. Dans les faits, beaucoup doivent patienter. La faute à la crise sanitaire liée au COVID-19 et à un manque persistant d’inspecteurs du permis.
Chaque année, environ 200 000 adolescents obtiennent leur permis grâce à l’AAC (apprentissage anticipé de la conduite) et à l’accompagnateur qui les supervise. Mathis, aujourd’hui âgé de 18 ans, en fait partie. Inscrit en février 2018, il a finalement obtenu son permis en janvier 2021. Un délai bien plus long que prévu. La pandémie est passée par là.
J’ai beaucoup roulé jusqu’en mars 2020. Ensuite, pendant le premier confinement, c’était compliqué : un seul véhicule autorisé
, raconte-t-il. Résultat, Mathis s’est contenté de trajets courts, notamment les quatre kilomètres entre son domicile et son travail, pour compléter son livret de conduite accompagnée. Forcément, les progrès se font attendre, malgré les atouts de cet apprentissage. Il est resté longtemps bloqué à cause des restrictions de déplacement
, souligne sa mère, Deborah.
« Nous devons les faire attendre »
Joseph, 18 ans lui aussi, originaire de Cherbourg, a connu le même scénario. Entre les confinements, les vacances, puis mon entrée à l’université, j’ai eu une longue période sans conduire
, explique-t-il. Comme beaucoup, il a vu la date de son examen pratique repoussée au dernier moment, certains allant même jusqu’à se demander quoi faire si leur école de conduite venait à fermer.
L’examinateur était positif au Covid pour mon rendez-vous d’octobre 2020, j’ai donc dû annuler
, poursuit-il. Joseph passera finalement son permis le 30 juin, après avoir repris quelques heures de conduite et avant de chercher comment assurer sa voiture. Avec un brin de regret : J’aurais pu éviter tout ça si j’avais pu le passer en octobre
.
Sur le terrain, les auto-écoles tentent de s’adapter. On voit des jeunes avec moins d’expérience à cause des restrictions. Certains doivent reprendre des heures
, observe Vincent Rageul, directeur de l’agence française d’auto-écoles ECF à Rennes. Mais le vrai problème, pour eux comme pour les élèves en formation classique, c’est le manque de créneaux pour l’examen pratique de conduite, lié notamment à la pénurie d’inspecteurs. Nous devons les faire attendre
.
« Tout le monde veut obtenir son permis avant l’été »
La possibilité d’obtenir le permis dès 17 ans faisait partie des engagements d’Emmanuel Macron. En pratique, les auto-écoles doivent jongler avec des plannings saturés et une pénurie d’inspecteurs du permis de conduire. Les priorités s’imposent.
Tout le monde veut son permis avant l’été. Or, les élèves en conduite accompagnée ne peuvent pas conduire seuls avant 18 ans. On est donc obligés de prioriser
, confient plusieurs professionnels du secteur.
Pascal Julaud, président du Syndicat national des moniteurs d’auto-école et gérant de plusieurs établissements à Rennes, tire la sonnette d’alarme. En Ille-et-Vilaine, les résultats sont bons, avec 72 % de réussite, bien au-dessus de la moyenne nationale à 54 %. Mais la tension monte. Les candidats au permis s’impatientent, parfois deviennent agressifs, et cela risque de mal finir
.