Réuni à Strasbourg le mercredi 6 juin, le Parlement européen a voté une mesure qui marque un tournant pour l’automobile en Europe : l’interdiction de la vente de nouveaux véhicules à moteur à combustion à partir de 2035. Le texte, intégré à la réglementation sur les émissions de CO2, s’inscrit plus largement dans ce qui change pour les conducteurs français et a été approuvé malgré de vifs débats et une opposition marquée d’une partie des députés.
Derrière ce vote, un objectif clair porté par la Commission européenne : réduire drastiquement les émissions de CO2 des voitures neuves et accélérer la démocratisation des véhicules électriques. Pour beaucoup, c’est un signal fort envoyé à toute l’industrie. Pour d’autres, un saut risqué vers l’inconnu. Une chose est sûre : ce vote est déjà qualifié d’historique.
Objectif 100 % « zéro émission »
Essence, diesel, biocarburants, hybrides… tous les moteurs à combustion interne sont concernés, bien au-delà des seuls pots d’échappement. À l’horizon 2035, l’Union européenne vise un parc de voitures neuves 100 % électrique. Pourquoi cette date ? Parce qu’une voiture circule en moyenne pendant 15 ans. Interdire les ventes à partir de 2035, c’est agir aujourd’hui pour transformer le parc roulant de demain, malgré des ajustements récents comme le report de l’interdiction des véhicules Crit’Air 3.
Le chiffre est parlant : les voitures thermiques représentent actuellement 12 % des émissions de CO2 en Europe. En fixant cette échéance, les institutions européennes espèrent atteindre une neutralité carbone pour le secteur automobile d’ici 2050, malgré les débats récurrents sur le prix du carburant ou les aides comme la prime à la conversion. Une trajectoire ambitieuse, pensée sur le long terme.
Inquiétudes et mécontentements autour du vote
La droite européenne a voté contre l’ensemble du texte, pointant des conséquences industrielles majeures. Agnès Evren, députée européenne Les Républicains, alerte sur le risque d’« imposer l’absence d’émissions », une contrainte qui pourrait, selon elle, condamner des filières entières et peser lourdement sur le pouvoir d’achat des consommateurs, notamment sur le prix des voitures électriques, alors même que plus de 160 000 voitures électriques ont été immatriculées en France en 2021.
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Luc Chatel, président-directeur général de la Plate-forme automobile, parle sans détour de sabordage industriel. Il s’inquiète notamment du coût des véhicules électriques, plus élevé que celui des voitures thermiques, et de l’incertitude sur la demande, dans un contexte où d’autres décisions sur la mobilité, comme le contrôle technique des deux-roues ou la circulation des véhicules les plus polluants dans le Grand Paris, font aussi débat. Autre point sensible : la pénurie de stations de recharge. « Il y a 60 000 stations aujourd’hui. Il en faudrait environ un million d’ici 2030, rien qu’en France », rappelle-t-il.
Les dates clés du passage aux voitures « zéro émission »
Volvo, Opel et Fiat ont déjà annoncé leur transition vers le zéro émission d’ici 2035, bien avant le vote du Parlement européen. Ces décisions montrent que certains constructeurs ont anticipé le virage, parfois contraints par les marchés, parfois par leur propre stratégie, tandis que même Ferrari prépare son passage à l’électrique.
- 2025 : Volvo, Alpine, Jaguar
- 2028 : Opel
- 2030 : Renault, Peugeot, Ford, Fiat, Mini, Mercedes, Rolls Royce
- 2033 : Audi
La liste devrait continuer à s’allonger, portée par le cadre réglementaire européen. Selon BFMTV, il deviendra déjà difficile pour les concessionnaires de vendre des véhicules à moteur à combustion interne à partir de 2025, ce qui pousse aussi certains acteurs à s’intéresser à le rétrofit électrique de véhicules thermiques, une évolution déjà perceptible dans les ventes de voitures en Europe en 2022. Certaines grandes villes accélèrent aussi le mouvement : à Paris et à Milan, la circulation « zéro émission » sera autorisée dès 2030.
Les voitures de luxe pourraient être exemptées de l’interdiction
Dernier point sensible : l’exception accordée aux voitures de collection et de luxe. L’« amendement Ferrari », porté par des députés italiens, prévoit un régime spécifique pour les marques produisant peu de véhicules chaque année.
Les constructeurs vendant entre 1 000 et 10 000 unités par an, comme Aston Martin (2 007 ventes en 2021) ou Maserati (4 239 unités), pourraient continuer à commercialiser des modèles à combustion jusqu’en 2036. D’autres marques, dont Bugatti, sont également concernées par cette catégorie.
Rien n’est toutefois figé. Prochaine étape décisive : le 26 juin, avec un vote des États membres du Conseil de l’Europe, qui pourrait revenir sur cet amendement. Le débat, lui, est loin d’être terminé.